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01/06/2026 8 MIN.

Médecin libéral : que couvre vraiment la CARMF ?

La CARMF (Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France) est l’organisme obligatoire de retraite et de prévoyance des médecins libéraux. Beaucoup pensent qu’elle suffit à couvrir l’ensemble des risques de la carrière. La réalité est plus nuancée : si la CARMF assure un socle solide pour la retraite et l’incapacité, ses prestations comportent des limites significatives — délai de carence de 90 jours, plafonnement, montants forfaitaires en classe A. Pour un médecin habitué à des revenus élevés, le décalage en cas d’arrêt long ou d’invalidité peut être considérable. Tour d’horizon des prestations CARMF en 2026 et des angles morts à anticiper.

Les prestations retraite de la CARMF

Trois régimes obligatoires

La CARMF gère trois régimes de retraite distincts : le régime de base commun à toutes les professions libérales, le régime complémentaire vieillesse (RCV) propre aux médecins, et l’Avantage Social Vieillesse (ASV) pour les médecins conventionnés.

Les cotisations sont calculées sur les revenus libéraux nets de l’année N-2. Le régime de base s’applique sur deux tranches (jusqu’à 1 PASS et entre 1 et 5 PASS), tandis que le RCV cotise sur l’intégralité des revenus dans la limite d’un plafond.

Niveau de pension réel

Le taux de remplacement des retraites CARMF se situe généralement entre 40 % et 55 % du dernier revenu d’activité, selon la durée de cotisation et le niveau de revenus tout au long de la carrière. Pour un médecin libéral ayant cotisé 40 ans avec des revenus moyens à élevés, la pension globale (base + RCV + ASV) peut représenter une part significative du revenu, mais reste systématiquement inférieure aux revenus d’activité.

Cette baisse mécanique de revenus à la retraite justifie la mise en place anticipée d’un Plan d’Épargne Retraite (PER) individuel pour compléter la pension obligatoire.

La prévoyance CARMF en cas d’arrêt de travail

Les indemnités journalières (IJ)

En cas d’arrêt maladie, le médecin libéral est indemnisé par la CPAM dès le 4ᵉ jour, jusqu’au 90ᵉ jour. Le montant représente 50 % du revenu journalier moyen, plafonné à 198,15 € brut par jour en 2026.

À partir du 91ᵉ jour, la CARMF prend le relais via son régime invalidité-décès. Le montant de l’IJ est calculé sur 1/730ᵉ des revenus non salariés de l’avant-dernière année. En 2026, l’IJ varie de 65,84 €/jour pour un revenu inférieur ou égal à 48 060 € (1 PASS), à 197,51 €/jour pour un revenu supérieur ou égal à 144 180 € (3 PASS).

Les indemnités sont versées pendant 3 ans maximum, sous condition de cessation totale d’activité et d’être à jour de ses cotisations.

La réforme 2025 du régime prévoyance

Depuis 2025, la CARMF a réformé son régime prévoyance : la classe B a disparu, remplacée par un mode de calcul proportionnel aux revenus N-2. Les classes A et C subsistent avec des prestations forfaitaires.

Les médecins en cumul emploi-retraite ne cotisent plus au régime invalidité-décès et perdent donc le bénéfice des IJ, de la rente d’invalidité et du capital décès au titre de la CARMF (les IJ CPAM restent dues entre le 4ᵉ et le 90ᵉ jour).

Invalidité et décès : les prestations à connaître

Rente d’invalidité

En cas d’invalidité totale et définitive reconnue par la CARMF (taux d’incapacité supérieur ou égal à 100 % d’une activité médicale), le médecin perçoit une rente d’invalidité. Son montant dépend de la classe de cotisation et des revenus d’activité de référence.

Cette rente est complétée par une rente conjoint et une rente éducation pour les enfants à charge, avec des conditions et des montants définis par la CARMF.

Capital et rentes décès

En cas de décès du médecin en activité, la CARMF verse un capital décès et une rente au conjoint survivant. Une rente annuelle est également servie aux orphelins. Selon les barèmes 2026, ces rentes pour orphelins peuvent atteindre 8 557,20 € par an et par enfant, avec des montants supérieurs en cas d’orphelinage des deux parents.

Ces prestations restent toutefois souvent insuffisantes pour maintenir le niveau de vie de la famille, surtout dans le cas de jeunes médecins ayant des charges familiales importantes.

Framework CARMF+1 : compléter la couverture obligatoire

Pour analyser sa protection globale, le médecin libéral peut suivre une logique en 4 niveaux :

Niveau 1 — CARMF socle : identifier précisément vos prestations en cas d’arrêt long, d’invalidité, et estimer votre future pension.

Niveau 2 — Prévoyance Madelin : souscrire une indemnité journalière complémentaire pour combler l’écart entre IJ CARMF et revenu réel, et couvrir les frais professionnels du cabinet.

Niveau 3 — Capital décès et rentes : compléter le capital CARMF par un contrat individuel pour protéger durablement votre famille (rente conjoint, rente éducation).

Niveau 4 — PER individuel : constituer un complément retraite déductible des revenus imposables pour anticiper la baisse mécanique du taux de remplacement.

Zones grises et points de vigilance

Le délai de 90 jours : une période à anticiper

Entre le 4ᵉ et le 90ᵉ jour, c’est la CPAM qui indemnise le médecin libéral, avec un calcul plafonné. À partir du 91ᵉ jour, la CARMF prend le relais — mais sous condition d’avoir cessé totalement son activité libérale et déclaré la cessation dans les deux mois suivant l’arrêt.

Une déclaration tardive peut retarder l’ouverture des droits CARMF. Cette zone administrative est souvent mal connue et provoque des trous d’indemnisation préjudiciables.

La prévoyance complémentaire Madelin permet d’éviter ce trou en versant les indemnités dès la franchise contractuelle, indépendamment des délais administratifs des caisses obligatoires.

Le cumul emploi-retraite : une protection allégée

Depuis la réforme 2025, les médecins en cumul emploi-retraite ne cotisent plus au régime invalidité-décès de la CARMF. En contrepartie, ils ne bénéficient plus des IJ CARMF, de la rente d’invalidité et du capital décès au titre de cette caisse.

Pour ces médecins, seules les IJ CPAM restent ouvertes (entre le 4ᵉ et le 90ᵉ jour). Une prévoyance individuelle reste donc indispensable pour compenser cette baisse de couverture en cas d’arrêt long ou de décès.

L’invalidité spécifique métier vs invalidité totale

La CARMF reconnaît une incapacité totale d’exercer ‘une activité quelconque’, ce qui est une définition très restrictive. Un médecin reconnu inapte à exercer la médecine peut ne pas être indemnisé si une autre activité lui reste théoriquement possible.

Pour combler cette zone grise, les contrats Madelin proposent une garantie ‘invalidité professionnelle’ qui indemnise spécifiquement l’inaptitude à exercer la médecine, sans exiger une inaptitude totale toutes professions.

Stratégie de complément de revenus pour le médecin libéral

Le calcul du déficit de couverture

Pour mesurer précisément l’écart à combler, le médecin doit comparer le revenu réel à protéger au cumul CPAM + CARMF auquel il a droit. Pour un médecin déclarant 120 000 € de BNC, l’IJ CARMF se calcule au 1/730e du revenu N-2 dans la limite du PASS, ce qui donne environ 65,84 €/jour à compter du 91ᵉ jour. À cela s’ajoute la CPAM dans la limite des plafonds entre le 4ᵉ et le 90ᵉ jour.

Le différentiel entre ce cumul et le revenu cible est exactement ce que la prévoyance Madelin doit combler, garantie par garantie : indemnités journalières complémentaires, rente d’invalidité, capital décès, frais professionnels.

Optimiser la déductibilité Madelin

Les cotisations versées dans le cadre d’un contrat Madelin prévoyance sont déductibles du BNC dans la limite de 3,75 % du revenu professionnel + 7 % du PASS (48 060 € en 2026), avec un plafond global de 11 534,40 € pour les contrats prévoyance et santé combinés. Pour un médecin déclarant 120 000 € de BNC, cette enveloppe permet de déduire jusqu’à environ 7 864 € par an au titre de la prévoyance.

Anticiper la fin de cotisation à 65 ans

Les contrats Madelin cessent généralement de verser les rentes à 65 ou 67 ans. Au-delà, la couverture repose uniquement sur la retraite CARMF et le PER souscrit en complément. Cette transition doit être anticipée plusieurs années avant le départ en retraite pour ne pas subir de rupture de revenus, surtout en cas de cumul emploi-retraite où la couverture CARMF invalidité-décès n’est plus active.

Conclusion

La CARMF couvre les risques majeurs (arrêt long, invalidité, décès, retraite) mais ses prestations sont structurellement plafonnées et démarrent tard (91ᵉ jour). Pour un médecin libéral aux revenus élevés, le décalage avec le niveau de vie habituel impose de compléter par une prévoyance Madelin et un PER. L’audit régulier de cette protection au moins tous les 3 ans ou à chaque évolution de revenus est la clé d’une couverture réellement sécurisante.

FAQ

À partir de quand la CARMF verse-t-elle des IJ ?

À partir du 91ᵉ jour d’arrêt, après le relais de la CPAM. Les IJ sont calculées sur 1/730ᵉ des revenus N-2.

Quel est le montant des IJ CARMF en 2026 ?

De 65,84 €/jour pour un revenu ≤ 48 060 € à 197,51 €/jour pour un revenu ≥ 144 180 €.

Combien de temps les IJ sont-elles versées ?

3 ans maximum, sous condition de cessation totale d’activité et de cotisations à jour.

La CARMF suffit-elle pour ma retraite ?

Le taux de remplacement se situe généralement entre 40 % et 55 %. Un PER individuel est recommandé pour compenser.

Que change la réforme 2025 ?

La classe B disparaît au profit d’un calcul proportionnel aux revenus N-2. Les médecins en cumul emploi-retraite ne sont plus couverts par le régime invalidité-décès CARMF.

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